
Vancouver airport, 18h30. Depuis ce matin, j'arpente les couloirs des terminaux, je tourne en rond, passe de boutique en boutique, en attendant l'heure de l'enregistrement. Cadeaux de dernière minute... Je traîne devant moi un trolley chargé de mes deux gros sacs, je traîne en moi un poids...
Dans quelques heures, j'embarque à bord de mon avant-dernier avion, Paris comme ultime destination. 11 mois se sont écoulés, il me faut rentrer.
Voilà des jours que je n'ai écrit, j'ai perdu l'envie de me raconter, depuis quelques temps déjà, il me semble qu'une page s'est tournée.
J'ai passé la journée à trotter, à m'activer, tout pour éviter de penser ; alors que je viens enfin de me poser, alors que j'essaie d'assembler des bribes de pensées éparses et fêlées, il me prend une envie de pleurer. Alors que je couche quelques mots sur un bout de papier, je sens mes yeux larmoyer.
6h15 am, nous nous levons avant que l'alarme n'est eu l'opportunité de sonner. Une douche-réveil avant de rassembler les affaires et de descendre petit-déjeuner. On vide les placards et les frigos de nos paniers, laissant en libre-service ce dont on ne veut pas s'encombrer, nos sacs sont déjà pleins à craquer.
7h30, le coffre est chargé, nos ceintures bouclées, un dernier regard aux majestueuse faces granitiques du Chief et nous prenons place dans la circulation de la 99. Travaux et densité du trafic gênent notre progression, une sortie ratée finira de nous retarder. Il est 9h30 lorsque je rends les clefs de la voiture de location.
Françoise et Philippe vont procéder à leur enregistrement pendant que je remplis les derniers formulaires.
10h, on sirote ensemble une dernière tasse de Starbucks coffee avant de se séparer...
Il me faudra quant à moi attendre 14h avant l'ouverture des guichets de British Airways... Depuis, je meuble le temps qui s'écoule doucement, qui s'écoule pourtant.
Je me sens étrange et décalée, mon cerveau se refuse à réaliser que demain je serai rentrée. Certes, revoir mes proches et mes amis me réjouit mais il y a un je-ne-sais-quoi d'inacceptable, d'inconcevable, une peu incontrôlable.
Je me sens en flottaison entre deux mondes, en équilibre instable, il me semble avancer à reculons.
2h am, j'ouvre les yeux dans un sursaut, je m'étais assoupie. La carte devant moi m'apprends que nous survolons le Groenland, je viens de passer d'un océan à l'autre, nous avons laissé le Pacifique pour l'Atlantique. Nous sommes le 3 août 2007, je rentre « à la maison ». Du moins celle de mes parents car j'ai quitté en partant mon appartement. Je n'ai plus rien qui ne m'appartiens.
Je ressens un grand vide, soudain, un vertige, un déchirement. Comment ai-je pu oublié qu'un jour il me faudrait rentrer, pourquoi en suis-je aujourd'hui si étonnée ?
Rien ne sera désormais comme avant et pourtant j'ai peur d'oublier, de finir par me rendormir, de somnoler. Je ne veux pas rompre le fil ténu que je poursuivais, je veux m'accrocher à ce balbutiement, à ce murmure criant, cette découverte d'une vie « autrement ».
Me souvenir de chaque instant, les chérir, les garder vivant. Il me semble déjà que c'était il y a longtemps... Je vais rentrer... et puis après ?
C'est un peu comme la fin d'un beau rêve, la fin de quelque-chose en tout cas.
13h25 heure locale (5h25 pour moi, je crois, je m'y perds dans tous ces décalages horaires...), Heathrow est une fourmillère sous tension. Les récents événements ont provoqué un renforcement de la sécurité. Je passe un long moment à m'acquitter de tous les contrôles, de toutes les formalités. L'esprit embrumé, ensommeillée, j'attends l'heure d'embarquer...
Londres-Paris, à travers les lambaux de nuages se découpe le sol français, des parcelles brun-vert, des petits hamaux... I've got some butterflies in my belly... je me sens toute chose, il y a de l'eau qui s'écoule sur mon globe oculaire. La boucle est bouclée, je reviens à la case « départ ». Je ne sais pas encore quoi penser, je me sens comme un prisonnier dont le sursis viendrait de se terminer.
Prise au piège...
Je sais qu'en bas, là, il y a ma famille, oui, je sais cela mais... Je ne peux empêcher de grosses larmes de rouler sur mes joues...
Retour à la francophonie, cette fois, sans accent, retour vers le passé. Je ne peux pourtant plus faire « comme avant ». Une vie à réinventer... voilà peut-être la clé. |